Réflexions sur l'abandon du Golan
au profit de la Syrie par le Premier ministre Olmert
Selon le Yediot Aharonot du vendredi 8 juin 2007, le Premier Ministre
Ehoud Olmert serait prêt à offrir le plateau du Golan à la Syrie, en échange de la paix.
L’information a naturellement déclenché un concert de protestations des députés de la droite israélienne tel le
Député Guideon Saar (Likoud) qui a appelé les partis Israël Beitenou et Shass à quitter la coalition, ou les Députés Zevouloum et Effi Eitam (PNR)
qui estiment que la démarche est dictée par un intérêt politique
personnel, voire encore le Député Israël Katz (Likoud) qui considère
que le Premier Ministre devient une charge stratégique pour l’Etat.
Pour sa part, le Député arabe Ahmed Tibi a encouragé Monsieur Olmert à poursuivre sur cette voie en appelant à un
retrait total du Golan.
En réalité, la loi israélienne ne confère pas au Premier Ministre le droit de remettre en cause
l’intégrité territoriale de l’Etat.
Aussi, la mise en place d’un référendum tel que préconisé par Feu le Premier Ministre Yitzhak RABIN, restituerait
au peuple d’Israël le choix d’une configuration nouvelle de l’Etat (1).
En tout état de cause, aucun fondement juridique, éthique ou philosophique ni même une (très improbable)
perspective de paix, ne justifie un tel cadeau à la Syrie.
1- L'opportunité d’un référendum concernant l’abandon de souveraineté sur le
Golan
Depuis
sa naissance, Israël a toujours contrôlé tout ou partie du plateau du
Golan : lors de l’armistice de 1949, l’armée syrienne s’est retirée
au-delà de la frontière et le secteur, déclaré zone démilitarisée, a
été partagé entre Israël qui prenait le contrôle de la partie centrale
alors que les Syriens prenaient possession de El Hamma sur la rive Nord
est de Tibériade. Par la suite, le Golan a été entièrement occupé par
Israël le 4 juin 1967 (Guerre des six jours), puis annexé le 14
décembre 1981.
Désormais,
le Golan fait partie intégrante du territoire israélien et ce, en dépit
d’une absence de reconnaissance internationale et de condamnations
répétées de la communauté internationale (résolutions n° 242,
résolution n°338 du 22 octobre 1973, résolution 497 du 17 décembre
1981, résolution 497, résolution 1998/2 de la Commission des Droits de
l’Homme...)
Le
problème se pose donc de savoir si l’Etat hébreu doit sacrifier sa
sécurité et s’amputer d’une région dont l’importance est stratégique et
économique, alors même que la population non juive locale (quelques
milliers d’âmes) n’a aucune origine historique commune avec la
population syrienne. En effet, les druzes en tant que secte chiite,
sont considérés par les sunnites syriens comme des égarés qui rejettent
la charia et les obligations rituelles qui en découlent.
Dès
lors, en cas de décision portant abandon de souveraineté du Golan,
sûrement conviendrait-il d’associer la population israélienne par la
voie du référendum, conformément à la position défendue à la Knesset
par le Premier Ministre Yitzhak Rabin en 1994 (1)
Avant de disparaître tragiquement, Yitshaq Rabin avait suggéré la mise en place d’un référendum sur un éventuel
retrait du Golan pour associer le peuple d’Israël « aux choix douloureux, susceptibles de conduire à la paix ».
Aussi, et pour ce qu’il en est des modalités, Rabin avait suggéré de finaliser préalablement le projet afin de
pouvoir le présenter au peuple et dire : « Regardez,
c’est ce que nous avons réalisé, et c'est le prix à payer.
L'accomplissement est la paix avec la sécurité et des aménagements pour
la sécurité. Vous devez choisir entre le maintien de la situation
existante ou indiquer si vous êtes prêt pour la paix, avec le prix
qu'elle nécessite » (Rabin, débats à la Knesset du 17
janvier 1994).
Le
projet n’ayant jamais été finalisé, le référendum n’a pu être soumis au
peuple d’Israël. Néanmoins, si la question venait à être reposée, c’est
au peuple d’Israël qu’elle devrait l’être pour lui permettre de décider
des contours nouveaux de l’Etat sans que la modification ne puisse être
imputée à une décision politique partisane et controversée.
Dans cette occurrence, peut-être conviendrait-il de faire participer les juifs de diaspora à ce référendum (de
façon purement consultative) pour deux raisons principales :
- tout d’abord, en leur qualité de membre du peuple juif, il conviendrait de les associer au devenir de l’Etat
hébreu.
-
par ailleurs, pour ceux des candidats à l’Alya qui envisageraient une
installation dans le Golan, il est important de mesurer les risques
d’un passage sous souveraineté syrienne ou des possibles désagréments
occasionnés par un déplacement forcé, comme ce fut le cas des
populations juives du Gouch Katif au cours de l’été 2005.
2 – L'absence de fondement au retrait
En tout état de cause, rien ne justifie un tel abandon de souveraineté.
La
Syrie semble conditionner la paix avec Israël à une restitution du
Golan, alors qu’en réalité le Golan n’est qu’un prétexte pour justifier
l’attitude belliqueuse du pouvoir syrien et l’Etat de belligérance,
sans relation avec l’annexion du plateau du Golan.
Pour les pays arabes (dont la Syrie), c’est le principe même de la création de l’Etat d’Israël
qui pose problème et non son implantation sur telle ou telle partie du territoire.
Aussi,
un abandon de souveraineté sur la région serait parfaitement
contreproductif car non seulement la paix ne serait pas signée mais en
outre, l’Etat d’Israël serait encore délégitimé sur la scène
internationale : si le Golan est restitué, c’est que son annexion est
illégitime. Or si tel est le cas, on peut considérer que l’annexion de
Jérusalem l’est également tout comme la création de l’Etat hébreu
lui-même.
Le chef de l'opposition syrienne Farid Ghadry en tournée avec le député Youval Steinitz (Likoud) sur le plateau du
Golan ne s’y est pas trompé et a appelé Israël à ne pas entamer de négociations de paix avec Damas.
En tout état de cause, l’Etat hébreu ne doit pas tomber dans le piège d’une remise en cause des étapes du
processus historique sauf à se perdre dans des conjectures tout aussi stériles qu’absurdes.
En
effet, au lieu de restituer le Golan à la Syrie, pourquoi ne pas
restituer la Syrie à la France qui était la puissance mandataire
instituée par la société des nations le 25 avril 1920. Dans ce cas, les
négociations sur le Golan se poursuivraient avec le Président Nicolas
Sarkozy.
De la même manière, pourquoi ne pas imaginer une restitution du Moyen Orient à la Turquie puisque la région
faisait partie de l’Empire Ottoman avant la Première guerre mondiale.
Dans
cette hypothèse, et compte tenu du souhait exprimé par la Turquie
d’entrer dans l’Union européenne, les négociations sur le Golan
pourraient se poursuivre avec le Président de l’Union européenne et le
président Turque Ahmet Necdet Sezer.
Inversement,
et plus symboliquement, pourquoi en marge du retrait du Golan, le
Premier Ministre Olmert n’irait pas jusqu’au bout de son raisonnement
en préconisant une reconstitution de la Syrie historique Bilad al-Cham
qui comprenait la Syrie actuelle, le Liban, la Jordanie, la Palestine
historique, c'est-à-dire Israël et les territoires palestiniens: il
suffirait, pour se faire, de renoncer à la souveraineté juive sur
l’Etat d’Israël et de faire allégeance à la Syrie...
Ne nous y trompons pas : il n’y a d’autre solution que de figer les situations contemporaines en conservant le
Golan à l’intérieur des frontières de l’Etat juif.
De même, lorsqu’un Premier Ministre est confronté à des problèmes personnels, il conviendrait de
ne pas détourner l’attention du public en délégitimant l’Etat d’Israël.
Bertrand RAMAS-MUHLBACH (publié ici avec l'autorisation de l'auteur)
Note de www.nuitdorient.com
(1)
L'ouverture de paix syrienne n'a d'autre but que de desserrer l'étau
américain. Elle implique la restitution du plateau du Golan par Israël
à la Syrie. Or ce plateau a été conquis suite à une offensive syrienne
contre Israël en 1973. En dehors de son intérêt stratégique sur le plan
militaire et sur le plan de l'approvisionnement en eau, ce plateau a
appartenu à la Syrie moins longtemps qu'il n'a appartenu à Israël,
depuis son annexion. Territoire très peu dense, il est peuplé
aujourd'hui de presqu'autant de Juifs que de Druzes. Or en dehors de
Majdal Shams, tous les villages Druzes étaient prêts à faire allégeance
à Israël, si cet état était ferme et clair dans ses intentions.
Merci à Albert Soued
une sioniste qui se bat pour eretzisrael sur le net